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08 Feb 2017 | Hang

Le Blog

La Société secrète de musique indienne S3E2 : Paban Das Bâul

Depuis qu’il a quatorze ans, Paban Das Bâul chante d’une voix fervente le répertoire des Bâuls, incarnant la synergie de sa terre d’origine. C’est un petit miracle de l’avoir « capturé » dans les filets de la Société secrète. Tel l’oiseau libre, il repartira à tire d’ailes vers l’Inde et le vaste monde sous peu.

Les plaines du Bengale occidental (Inde du nord-ouest) et oriental (Bangladesh) forment un terroir de syncrétisme culturel et spirituel, sources de traditions bien vivantes. Chanteurs errants, les Bâuls colportent une connaissance essentiellement philosophique. Ils seraient comparables aux trouvères de notre Moyen-Âge ou aux asiqs du Caucase. Traditionnellement vêtus de robes ultra colorées, jouant des instruments de facture modeste, habités par la passion, ils essaiment l’Amour de village en village. Ils tourbillonnent devant les autels ou les bosquets, écument les melas et les festivals, voyagent en train, en barque, voire en jets privés.

Avec leurs métaphores poétiques, mêlant profondeurs équivoques et pragmatisme paysan, et leurs mélodies entêtantes comme autant de moyens mnémotechniques pour habiter leur quête d’absolu, ils expliquent que le corps humain est une poterie d’argile. La connaissance du corps est le feu dans lequel le pot est cuit, et l’Amour est l’eau qui peut seulement être retenue dans ce pot façonné par le feu…
Le corps tient ainsi lieu de temple, de mosquée ou d’église. Il constitue « la cage » où vole « l’oiseau inconnu » que poursuit inlassablement « l’Homme de Coeur » – le Moner Manush !
Nous sommes de simples passagers en ce monde – condition que ces Fous merveilleux invitent à goûter pleinement. Aux pauvres, les Bâuls offrent la richesse de l’esprit ; aux aveugles, la lumière de la vision intérieure ; aux citadins bengalis et aux Occidentaux épris de mysticisme, des tonnes de fantasmes !
Ce qui est sûr, c’est que les poètes Bâuls sont viscéralement rebelles aux académismes et aux orthodoxies. Ils continuent donc à se faire des ennemis… et des amis !

Paban Das Bâul privilégie la spontanéité et l’émotion de l’instant. Il chante, danse et s’accompagne tour à tour au dotara (luth à deux cordes), dubki (tambourin) et  khamak (tambour à tension variable).
Sa compagne devant l’éternel, Mimlu Sen, soutient les chants avec son ektara (monocorde qui crée un bourdon). Originaire de Shillong, celle qui devint conteuse et passeuse fut initiée par sa mère aux arts traditionnels. Sa rencontre à Paris en 1982 avec Paban fut une révolution, suivie d’une histoire d’amour et d’une collaboration artistique de très longue haleine…
Leur fils Krishna Dedeyn sera à leurs côtés aux kartalas. Depuis sa petite enfance, ses parents le baignent dans une mer de musiques. Devenu maître de yoga, il retrouve régulièrement la scène.

Il y a plus de 30 ans que Paban et Mimlu vivent et travaillent entre l’Inde et la France, tout en multipliant les destinations. Résidant actuellement sur l’île du Théâtre du Soleil (façon de parler), ils poursuivent leurs collaborations tous azimuths : Archie Shepp, Cheik Tidiane Seck, Jean-Philippe Rykiel, Sam Mills…
On se souvient notamment des albums Real Sugar (1997) et Tana Tani (2004).

Florence Le Bihan

octobre 10th, 2017

One comment

One Comment

  1. chantal geffroy says:

    magnifique

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